Pour ses débuts dans la Coupe du monde, l'équipe de France a déçu, se montrant, comme en 2004 au Portugal, trop timorée pour inquiéter la Suisse, qui se sera créé les meilleures occasions. S'il n'hypothèque pas les chances françaises de se qualifier pour les huitièmes de finale, le nul 0-0 ne manque pas d'inquiéter sur le potentiel d'une formation qui n'a joué que par à-coups. Autant dire que les Bleus ont de quoi méditer en vue du prochain match dimanche face à la Corée du Sud, qui a battu le Togo (2-1).
On n'est pas plus avancé... Alors que tout l'Hexagone attendait avec impatience les grands débuts de l'équipe de France dans cette Coupe du monde 2006, c'est avec une fâcheuse impression de déjà-vu que l'on sort finalement de ce France-Suisse, terminé, comme les deux précédents affrontements entre les deux équipes, sur un score de parité (0-0). Dans sa nouvelle configuration en 4-2-3-1 avec le seul Henry en pointe, cette équipe tricolore semblait pourtant armée pour menacer des Suisses qui clamaient depuis leur arrivée en Allemagne qu'ils ne craignaient pas les Bleus. Ils n'avaient pas tout à fait tort...
Car si Ribéry a par moments apporté ce qu'on attendait de lui, à savoir de la percussion, ces Bleus ont souvent donné l'impression de marcher, de se chercher sur les côtés ou en retrait, bref d'être d'abord préoccupés par le fait de ne pas prendre de but plutôt que d'en marquer. Depuis l'Euro 2004 au Portugal avec sensiblement les mêmes joueurs, les progrès ne sont en tout cas pas visibles et on se demande toujours quelle est la ligne directrice du jeu de cette équipe de France, qui semble jouer avec le frein à main et par à-coups.
Alors oui, les Bleus, seuls prétendants au titre (le sont-ils vraiment?) à ne pas avoir gagné leur premier match, se sont créé des occasions et auraient pu marquer, notamment en fin de première période, mais ils se sont surtout fait très peur lorsque Barnetta a trouvé le poteau de Barthez en première période et que ce même Barthez a sorti le grand jeu devant Gygax en seconde. "On aurait pu se faire planter", reconnaîtra un Raymond Domenech, qui tentera de positiver à l'issue de ce nouveau nul face aux Suisses: "On a eu des bons moments, on aurait pu faire la différence, je regrette qu'on n'ait pas marqué quand il le fallait, mais on a aussi enlevé deux points à des concurrents directs." Vu comme ça...
Le poteau gauche sauve les Bleus
Au coup d'envoi, on comprend vite que les deux formations se craignent, chaque équipe cherchant à assurer ses arrières et à ne pas se jeter dans la gueule du loup. La première occasion est française avec un décalage de Zidane pour Wiltord côté droit dont le centre au second poteau trouve la tête d'Henry, au-dessus (6e). Sur un bon centre de Sagnol au deuxième poteau, Vieira écrase sa reprise de volée (14e) avant qu'un long ballon de Zidane ne trouve Henry qui, plutôt que de tirer, s'excentre à gauche et centre, sans trouver preneur malgré la sortie ratée de Zuberbühler (20e).
Côté suisse, Barnetta chauffe les gants de Barthez (19e), avant d'être à l'origine de la plus grosse occasion de cette première période sur un coup franc de 30 mètres légèrement dévié par Senderos, couvert par un Thuram mal aligné, sur le poteau gauche de Barthez, battu sur le coup! Les Bleus ont eu très chaud, mais cette frayeur ouvre la meilleure période des coéquipiers de Zidane qui se mettent à jouer de façon plus fluide et plus rapide et à se créer de vraies occasions. D'abord sur une action initiée par un bon dribble d'Henry et achevée par une frappe en pivot de Ribéry au-dessus (31e), ensuite sur un tir pas assez appuyé d'Henry (32e), enfin et surtout lorsque Ribéry fait la différence sur le côté droit, pénètre dans la surface et, au lieu de tenter sa chance, sert en retrait (un peu trop...) Henry dont la reprise est contrée par la main de Müller, sans que le "pointilleux" (les mots sont de Raymond Domenech) M. Ivanov ne bronche (37e).
A la pause, le sélectionneur éprouve déjà quelques regrets devant ces occasions ratées: "Il faut marquer des buts, c'était bien au niveau de l'animation bien au niveau des occasions, mais pour l'instant, il y a toujours 0-0." On s'attend donc à une seconde période poursuivie sur le même tempo que la fin de la première, mais on se rend peu à peu compte que cette équipe de France, la plus âgée du tournoi (29 ans de moyenne d'âge) commence à accuser le coup face à des Suisses plus fringants. Si une belle construction Zidane-Ribéry mal terminée par Vieira laisse augurer de belles choses (49e), ce sont les hommes de Kobi Kuhn qui se montrent les plus dangereux d'abord par Frei, repris au dernier moment par Abidal (62e) et surtout par Gygax, qui reprend de la tête à bout portant un centre de Magnin mais bute par deux fois sur un Barthez décisif (65e).
La fin de match sera un condensé de ce que l'on n'aime pas chez les Bleus, à savoir des difficultés à se trouver, des passes mal ajustées et aucune occasion, hormis dans les cinq dernières minutes avec une énorme opportunité pour Dhorasoo, qui, sur une remise en retrait de Saha, voit sa reprise filer à quelques centimètres du poteau droit de Zuberbühler. 0-0 score final, après ce nul, c'est la Corée du Sud, prochain adversaire des Bleus et victorieuse mardi après-midi du Togo (2-1), qui occupe la première place du groupe G. Les hommes de Dick Advocaat aborderont cet affontement dans des conditions idéales, sans être obligés de se découvrir, il faudra donc une bonne dose de percussion offensive supplémentaire à cette équipe de France pour faire la différence. Et la France n'a plus marqué en Coupe du monde depuis le 12 juillet 1998...